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Faire entendre la voix de l'Afrique de l'Ouest et du Centre dans la stratégie post-2022 du Fonds mondial

Le 4 mai 2021, le Bureau a organisé une table ronde virtuelle sur l'Afrique de l'Ouest et du Centre (AOC) dans le cadre de la campagne "African Voice for Global Fund" qui vise à amplifier et à susciter un consensus sur les priorités africaines dans le cadre de la stratégie post-2022 du Fonds mondial. Parmi les principaux domaines prioritaires identifiés par les circonscriptions africaines, figure le soutien à la région de l'Afrique de l'Ouest et du Centre en vue d'améliorer ses performances.

L'objectif principal de la table ronde était d'initier une plateforme de discussion concernant l'AOC afin de promouvoir un engagement continu sur les questions ayant un impact sur la mise en œuvre des subventions du Fonds mondial. En outre, la discussion avait pour but de susciter un dialogue contextuel sur les moyens d'améliorer la performance des subventions en AOC et de les faire progresser avec le Fonds mondial, pendant que le Bureau et les circonscriptions amplifient la voix africaine dans le cadre de la stratégie post-2022 du Fonds mondial auprès d'un public mondial plus large. Pour ce faire, la table ronde a été organisée par les membres du personnel technique du Bureau et a enregistré la participation de divers experts, dont des représentants des Instances de coordination nationale (ICN), du Fonds mondial, de l'OMS pour l'AOC et d'autres partenaires clés œuvrant dans la région de l'AOC.

Pourquoi l'AOC est-elle restée au centre des discussions sur les processus de subvention du Fonds mondial? De manière générale, l'Afrique sub-saharienne est l'épicentre des épidémies de paludisme, de tuberculose et de VIH. Si de nombreux progrès ont été réalisés depuis 2010 contre ces trois épidémies, en particulier en ce qui concerne la lutte contre l'épidémie de VIH, de nombreux efforts restent à déployer si la communauté mondiale veut mettre fin à ces épidémies en 2030. On peut affirmer sans ambages que, si la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme doit être couronnée de succès d'ici 2030, cela doit absolument se faire sur le continent africain. Et nulle part ailleurs cette question n'est aussi importante que dans la région de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, une région qui a de manière générale obtenu des résultats nettement inférieurs aux objectifs de santé convenus au niveau mondial. Selon les indicateurs clés de performance du Fonds mondial, les données des programmes, parmi d'autres sources, dont les mises à jour des progrès des partenaires techniques, les conclusions de l'avis consultatif du BIG sur la mise en œuvre des subventions dans la région de l'AOC, montrent de manière générale que la région a enregistré des contre-performances constantes dans la réalisation des buts et objectifs visant à mettre fin aux trois épidémies. Dans l'ensemble, ces rapports indiquent également que, bien que des progrès aient été accomplis en AOC, des défis importants restent à relever.  La région est fragile de manière générale. La volonté politique est insuffisante, les dépenses de santé publique sont faibles, les systèmes de santé sont inadaptés (en particulier dans le domaine de l'approvisionnement jusqu'au dernier kilomètre, les ressources humaines sont inadéquates et les systèmes d'information sanitaire sont fragmentés et peu fiables), le soutien aux organisations communautaires est faible, les obstacles structurels à l'accès aux services disponibles, notamment la criminalisation liée au VIH et les frais d'utilisation des services sont importants, ce qui entraîne des dépenses personnelles importantes. Plus important encore, la revue du BIG a montré que les processus de mise en œuvre des subventions sont généralement sous-optimaux et qu'il existe un manque d'intégration des prestations des services de santé en AOC.

      A la lumière de ce qui précède, les circonscriptions africaines ont identifié une première série de domaines prioritaires spécifiques à l'AOC à prendre en compte dans la prochaine stratégie du Fonds mondial. Afin d'affiner et d'amplifier les principales priorités de l'AOC ainsi que de recueillir un consensus parmi les parties prenantes du Fonds mondial, la table ronde a délibéré sur les questions clés relatives à l'AOC qui doivent être prioritaires dans la prochaine stratégie du Fonds mondial afin d'atteindre une performance optimale de ce portefeuille.  Au cours de ces discussions, les participants ont réaffirmé que le Fonds mondial doit continuer à utiliser une approche différenciée et inclusive dans ses politiques et opérations et, en particulier, accorder une plus grande attention à la région de l'AOC.  Les discussions ont mis l'accent sur les principaux domaines prioritaires de l'AOC qui ont été soumis dans un document de position au Fonds mondial.  Dans ce document de position, les circonscriptions africaines formulent les recommandations suivantes au Fonds mondial:

·         S'assurer que les conclusions et recommandations du projet "Accélérons le mouvement en AOC" du Fonds mondial sont effectivement prises en compte et mises en œuvre au cours du cycle actuel et dans la prochaine stratégie.

·         Appliquer les flexibilités dans la mise en œuvre des procédures et processus du Fonds mondial, notamment en se basant sur celles déjà listées dans la politique relative aux contextes d'intervention difficiles, tel que recommandé par la revue du BIG susmentionnée.

·         Mettre en œuvre les principes d'" appropriation par les pays " et de " partenariat " du Fonds mondial en vue de " trouver un juste équilibre entre les garanties financières et la mise en œuvre des programmes ". Ce juste équilibre nécessite la participation des communautés, des acteurs du développement et d'autres organisations locales œuvrant dans le pays, qui peuvent fournir de bonnes performances même si elles ne sont pas forcément sophistiquées. Un tel changement nécessite une plus grande appétence pour le risque, comme le souligne le rapport du Secrétariat sur la gestion des risques présenté lors de la 44e réunion du Conseil d'administration.

·         Soutenir les stratégies de transfert de tâches dans le domaine de la santé (notamment avec les agents de santé communautaires) pour permettre aux systèmes de santé de mieux répondre aux besoins des populations vivant avec le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose et les menaces d'épidémies émergentes dans un contexte de pénurie de médecins, d'infirmières et d'autres ressources humaines pour la santé.

·         Promouvoir l'innovation et l'approche multisectorielle pour les trois maladies, en mettant l'accent sur le paludisme en raison de son incidence élevée et de la lenteur des progrès dans la réduction de la morbidité liée au paludisme.

·         Soutenir l'implication dans la réponse aux situations d'urgence et humanitaires dans les discussions avec les ICN des pays se trouvant dans des contextes d'intervention difficiles, tout en actualisant les procédures et les politiques existantes en consultation avec les pays et les partenaires impliqués dans la gestion de programmes dans des situations d'urgence, tels que l'Organisation internationale des migrations (OIM), le HCR, la Croix-Rouge, Oxfam, etc. et pas seulement les partenaires traditionnels du Fonds mondial.

·         Encourager les organisations et les dirigeants africains des États dans des contextes d'intervention difficiles à favoriser la collaboration entre les organisations communautaires fournissant des services de santé, les écoles de médecine, la société civile et les départements de santé publique. Ces collaborations pourraient faciliter les échanges d'expertise technique, d'idées, de recherche et de personnel.

·         Renforcer les mécanismes nationaux et transfrontaliers de mise en œuvre afin de fournir une riposte adéquate au VIH, à la tuberculose et au paludisme dans les situations de crise, d'urgence et dans des contextes d'intervention difficiles.

·         Encourager la production et l'utilisation systématique des comptes nationaux de la santé afin de démontrer le cofinancement des investissements, en particulier dans les pays à faible revenu.

·         Encourager les pays de l'AOC à utiliser leur cofinancement pour le renforcement de leurs systèmes de santé de manière durable au lieu d'acheter des produits de santé.

·         Appliquer de manière systématique des critères objectifs permettant aux pays de sortir de la politique de garanties supplémentaires. Ces critères doivent être assortis d'étapes et de livrables dont le Secrétariat et le pays peuvent assurer le suivi conjointement.

 Dans le cadre du suivi des principales priorités susmentionnées, la table ronde a mis l’accent sur la mise en œuvre d’« approches innovantes » sur les questions qui affectent l'AOC. Pour assurer la mise en œuvre de ces approches innovantes, l'une des questions clés qui a été abordée était celle de savoir comment la riposte au VIH, à la tuberculose et au paludisme peut être efficacement menée de manière différente dans la région de l’AOC. En résumé, les participants ont recommandé que la coordination de l'assistance technique (AT) provienne du pays concerné en premier lieu – notamment au niveau des ICN, en insistant sur la suggestion d'avoir un point focal en matière d’AT dans chaque ICN. La coordination doit également être menée en tenant compte des opportunités locales et des appuis disponibles, afin d’éviter les doubles emplois et d’améliorer l'expression des besoins au niveau des pays. Au sein de cette coordination, les prestataires d'assistance technique doivent être en mesure d’avoir une très bonne compréhension non seulement du type de soutien nécessaire, mais également de la durée et du niveau de ce soutien (quel type d'effet catalyseur est attendu - un changement de pratiques, un changement de politiques, le renforcement des capacités locales ou nationales, etc.) Les participants aux discussions ont relevé que plus les demandes en matière d'AT sont détaillées, mieux c'est. Par conséquent, les équipes pays, au secrétariat du FM, doivent également coordonner les demandes d'assistance technique. Pour améliorer la situation en AOC, nous devons renforcer « l'appropriation et le leadership » au niveau national et local. Cette action doit être couplée à une participation significative des parties prenantes locales en ce qui concerne les hautes priorités telles que la gouvernance, le financement de la santé, les obstacles aux services de santé et les modalités de mise en œuvre. Le leadership national doit être solide et les partenariats doivent également être renforcés par l'apprentissage «sud-sud ».   En matière de sécurité sanitaire mondiale sur la préparation des pandémies, l'AOC doit être préparée avant les grandes épidémies, ce qui implique d'avoir la capacité de détecter, de surveiller et de disposer d'un programme de riposte scientifique précis qui peut être comparé aux autres tendances régionales et d'améliorer la collaboration transfrontalière.  Dans le domaine du développement des partenariats, il est nécessaire de renforcer les capacités des OSC en AOC à mieux travailler avec le FM et le gouvernement national dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Etant donné que les chiffres de l'AOC sont en général encore très élevés, il est nécessaire d'agir rapidement - en adoptant des approches innovantes dans le renforcement des systèmes de santé afin d'influencer les subventions du FM pour qu'elles soient plus flexibles et puissent s'adapter efficacement au contexte, aux politiques et aux mécanismes locaux pour un impact de mise en œuvre mieux coordonné. Pour provoquer un changement durable en AOC, un consensus s'est dégagé sur la nécessité de renforcer délibérément la participation des acteurs locaux, de s'attaquer aux barrières financières et sociales pour les groupes vulnérables, et d'instaurer une forte consultation avec les communautés au sens large sur l'accès et la disponibilité des modalités de traitement dans la région.  En conclusion, il a été observé que la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre n'ont pas de politique de santé claire qui pourrait être utilisée par les partenaires extérieurs comme une base solide pour développer des mécanismes de riposte.  En conséquence, un accord général a été trouvé lors des discussions sur la nécessité de renforcer les processus de formulation de politiques de santé solides en AOC.